Extrait de la couverture de Unity, d'Elly Bangs

Comment ne pas lire Unity après les critiques extraordinaires d’Apophis sur le sujet, depuis au moins une année ? Ce n’est pas possible. Et comme Albin Michel Imaginaires a eu la grande gentillesse de m’envoyer un SP, j’ai même pu m’y lancer avant sa sortie. Et, spoiler : j’ai bien aimé ! Même si…

Apocalypse Now, again, and again

Unity se situe dans un avenir pas si lointain que cela, même si je n’ai pas souvenir d’avoir vu une date précise. L’univers dans son ensemble est intéressant, et constitue un contexte important : suite à plusieurs apocalypses, les empires et pays connus ont globalement disparus, et les habitants se sont assez largement réfugiés sous l’Océan. Malgré tous ces évènements, c’est toujours la guerre, plus ou moins froide, qui domine, et on se retrouve, au début de l’histoire, sur un nouveau (énième) point de rupture. Deux blocs s’affrontent, et se menacent. Seule différence : il ne s’agit plus vraiment de s’envoyer des bombes à la figure, mais des nano machines qui annihilent toute matière en se propageant (et qui sont joliment appelées « gris »). Quelque chose que j’aurais envie d’appeler « la bouillie finale » 🙂

On serait pas plusieurs dans ma tête ?

Dans cet univers on retrouve Danaë. Danaë est… à part. Comme dirait la 4e de couverture (particulièrement bien faite je trouve d’ailleurs) : « Elle a trouvé le moyen de compiler en elle d’autres existences que la sienne, douze mille ans d’expériences humaines diverses ». Et dans ce monde au bord d’une nouvelle apocalypse, cette caractéristique – unique – lui donne, forcément, une destinée hors du commun. C’est Danaë qui fait l’histoire ici. C’est elle que nous suivons. Et le livre vise essentiellement à répondre à deux question (i) que lui est-il arrivé ? ; (ii) qu’est ce que cette caractéristique peut bien vouloir dire pour l’espèce humaine ?

Un style à part…

Fondamentalement, et très largement, ce livre est un thriller avec un contexte post apocalyptique. Et ça sent l’action a priori : une héroïne « à part », quasiment une « superhéroïne », doit fuir un empire en guerre, dans un contexte où l’humanité semble très proche de sa fin.

Et pourtant, ce n’est pas vraiment un livre d’action. Pour de bonnes, et pour de mauvaises raisons.

La mauvaise à mon sens, c’est qu’on a un rythme qui est assez bizarre pendant une moitié du livre. Ou plutôt une narration. C’est assez classique qu’un livre nous perde au début – après tout, il faut exposer l’univers -. Mais ici, c’est un peu trop au sens où ça gêne l’attachement aux personnages. Qui est pourtant, clairement, un des objectifs d’un roman somme toute très humain. Apophis (je paraphrase) disait qu’il fallait s’accrocher absolument pendant la première moitié, car la deuxième particulièrement valait la peine. Je ne veux pas faire trop peur : ce n’est pas si difficile à lire. C’est plus que la deuxième partie est quand même nettement au dessus, en termes de rythme, de narration, et de réflexion aussi.

… mais un roman d’action humain

Mais revenons sur la bonne : c’est avant tout un roman humain. Malgré ce contexte de thriller, malgré la présence d’action, l’essentiel du propos est humaniste. Ce livre offre ainsi une réflexion intéressante, presque douce, sur l’Humanité dans son ensemble. Presque son côté « pardonnable ». Les héros font ce qu’ils peuvent, mais ils subissent très largement des choses plus grandes qu’eux. Et grâce au développement des personnages, grâce à la présence de Danaë et ses nombreuses vies, le roman offre un recul sur une société au bord du chaos.

Dans l’ensemble ?

Que retenir de cette lecture au final ? Qu’on se trouve ici en présence d’un livre agréable, intéressant, profond à sa manière, et aux héros attachants. D’un thriller d’action qui n’en est pas un. Que pour la première fois je crois, j’ai eu envie de recommencer le livre une fois celui-ci terminé, tant la deuxième partie est d’une qualité supérieure et offre des clés que j’aurais aimé avoir en première partie. Que la lecture de ce livre est très recommandable. Qu’Apophis va peut être un peu loin à mon sens en visant un prix de livre de l’année (je placerais les chants de Nüring un chouia au dessus, pour un exemple récent).

Et qu’en fait ce roman a, pour moi, la saveur de la bonne science fiction a l’ancienne. Un livre pas trop épais, conçu autour d’une idée simple mais forte, avec des personnages au coeur de l’histoire. Qui nous fait passer un bon moment. Et qui fait réfléchir, aussi.

Lecture précédente : L’Espace de la Révélation, d’Alistair Reynolds

Lecture suivante : La lumière lointaine des étoiles, de Laura Lam

D’autres avis : Apophis (sa critique doit être lue!)