Extrait de la couverture du livre "des milliards de tapis de cheveux", d'Andreas Eschbach

Des milliards de tapis de cheveux est un livre d’un auteur de science fiction allemand (c’est rare, non ?), paru en 1995. Et que j’avais d’ailleurs eu l’occasion de lire à l’époque (enfin, au moment de sa traduction française), et de beaucoup l’apprécier !

Cet été (oui, c’est toujours l’été !), j’ai cependant pris le parti de me refaire quelques anciennes lectures (en plus du reste). Et je suis tombé sur ce livre cette semaine : pas bien épais, très bon souvenir. Pourquoi pas ? Je l’ai donc lu aujourd’hui.

Un pitch assez inédit autour d’une sombre histoire de cheveux

A l’époque de ma première lecture, je me souviens avoir mis très longtemps à le sortir de ma PAL. En cause ? Le titre. Faut avouer que ça ne donne pas particulièrement envie.

Et pourtant, le livre parle bien exactement de cela : de tapis de cheveux. Mais reprenons au début.

Il y a bien longtemps, dans une galaxie très très lointaine, vivait sur une planète a priori quelconque un peuple particulier. L’ensemble de sa société était en effet concentré autour d’une action : réaliser des tapis de cheveux pour qu’ils soient exposés dans le palais de l’Empereur immortel. Ces tapis, de la taille d’un homme, sont tissés par le chef de famille de façon très fine, très précise, en utilisant les cheveux des concubines (oui, des) et filles du tisseur. Toute sa vie est consacrée à cette grande oeuvre, qui se vendra ensuite si chère que cela permettra de financer son fils pendant toute sa vie pour qu’il fasse de même.

Un vrai space opéra, avec beaucoup de personnages

Observer cette planète, à l’économie tellement tournée autour de cette grande oeuvre, est déjà intéressant. Mais, bien sûr, l’auteur va aller au delà, et nous emmener derrière cette tâche monumentale, dans un univers relativement dense. Pour ce faire cependant, il emploie une particularité scénaristique assez rare : la grande multiplication de personnages. Le livre contient en effet 17 chapitres, et il doit y avoir autant de « familles » de personnages. Même s’il y a un fil rouge, il n’y a ainsi pas véritablement de personnage principal. On suit plutôt l’évolution de l’histoire à travers plusieurs prismes, et un certain nombre de personnages « secondaires » donc.

Le risque évidemment avec ce choix, c’est qu’on ne s’attache pas véritablement. En pratique, j’ai trouvé qu’en effet, il y avait un peu de cela. Mais c’est malgré tout assez bien fait. L’ensemble est assez harmonieux, reste très agréable à lire, et ce choix risqué me semble donc globalement payant. Ne serait-ce que parce qu’il est original !

Au final, on voit beaucoup de choses, on découvre un vrai univers, pas mal de petites histoires vraiment intéressantes. Ce choix de ne s’attarder sur rien est à double tranchant, le choix de nous montrer autant sur un livre avec si peu de pages aussi. Mais c’est bien fait.

Un bémol quand même sur les personnages féminins

Dans l’ensemble, le livre m’a plu, mais moins que dans mon souvenir. Il faut dire que les dés sont pipés : j’ai beaucoup lu depuis ma dernière lecture, et n’en suis plus vraiment au même point en termes de goût et de recul.

En particulier, il y a un point auquel je suis progressivement devenu plus sensible, c’est la place des personnages féminins. Etant toujours un grand fan d’Asimov (entre beaucoup d’autres choses), j’ai l’habitude que les personnages féminins ne soient pas toujours au centre de l’histoire. Cependant, je suis quand même assez sensible aux « mauvais traitements ». Je peux comprendre que, surtout il y a longtemps, on ait une vision sociale pleine d’oeillères (i.e. qu’on oublie une partie de la population). J’ai plus de mal quand je trouve que la place est délibérément négative.

Et ici, je dois bien avouer que c’est un peu ce que j’ai ressenti. Il y a quand même beaucoup de personnages dans cette histoire, c’est un des choix de l’auteur comme je l’ai discuté. Et le monde qui occupe le centre de l’intrigue est relativement moyenâgeux. Mais… quand même. Les hommes sont très largement majoritaires, et les rares femmes me semblent fort peu importantes, et fort peu sortir des stéréotypes. Bon, je suis sensible je pense, et j’exagère sans doute. Surtout que j’ai l’impression d’être le seul à l’avoir noté. Mais j’y ai pensé en le lisant alors que, l’ayant déjà lu et apprécié, je ne m’y attendais pas du tout.

Et en conclusion ?

Des milliards de tapis de cheveux est un space opéra agréable. Original dans son histoire, mais aussi dans sa narration, il se lit bien, vite, et offre un beau moment dans un univers dont le potentiel dépasse sans doute le cadre du bouquin (ce qui est une bonne chose). Pour autant, j’ai été moins marqué que lors de ma dernière lecture, ce qui me conduit à me demander si je n’attends pas plus, désormais, de Sense of Wonder, et d’émotions liées aux personnages. Sans compter cette petite gêne sur le traitement des femmes, que je trouve assez inadéquat. Un bon moment malgré tout au final !

D’autres avis : Le Chien critique, Au Pays des Caves Trolls, Les lectures de Xapur, Nevertwhere, La Geekosophe, Lohrkan

Chronique précédente : For All Mankind

Lecture suivante : l’Espace de la Révélation, d’Alaistair Reynolds

Publié dans le cadre du challenge #SummerStarWars

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